Le 25 août dernier, je franchissais la ligne d'arrivée de la TDS® à Chamonix après 33h45 de course, mon premier 100 miles. Derrière ce chrono, il y a un plan d'entraînement construit avec mon coach Sébastien, et un outil que j'ai construit de mon côté, avec Claude : un roadbook.
Je voulais écrire cet article pour expliquer comment je l'ai construit, pourquoi je pense que la méthode vaut la peine d'être partagée, et pour proposer aux coureurs que ça intéresse de me contacter.
C'est quoi, un roadbook, pour moi
Je suis parti d'un constat : mes courses UTMB au format 100K avaient été mal préparées. J'avais pourtant les mêmes informations sur mon téléphone, mais pas présentées en méthode roadbook. D'un côté, l'image du profil de la course, dans son ensemble. De l'autre, mon tableau des temps de passage, avec plusieurs scénarios, mais toute la course affichée dans le même tableau.
Le problème principal que j'ai rencontré : rester impressionné, pendant la course, par l'effort à fournir sur l'ensemble du parcours, et constater trop facilement des retards sur mes prévisions de temps de course total. Ce qui n'est vraiment pas bon pour le mental.
J'avais bien compris que pour un ultra qui m'impressionnait encore plus, et où la part du mental allait être encore plus importante, il fallait faire autrement.
Mon roadbook, ce sont des scénarios de temps de passage (Ambitieux, Réaliste, Dégradé) construits tronçon par tronçon entre chaque point de ravitaillement, avec pour chacun : le dénivelé, le temps prévu par scénario, et ce que je dois manger sur ce tronçon précis. Rien de générique : tout est calé sur ma course, mon niveau, mes points de vigilance.
Comment je l'ai construit
Le point de départ n'a pas été un modèle théorique, mais des données réelles : les temps de passage d'une dizaine de coureurs de référence ayant déjà couru la TDS, de niveau comparable au mien. En croisant leurs trajectoires, j'ai pu construire mes trois scénarios sur des bases solides, pas des estimations en l'air.
Un enseignement qui m'a marqué : sur un ultra long, l'écart entre les coureurs se creuse surtout dans le dernier tiers de la course, pas au départ. Ça a confirmé ce que je voulais déjà faire : partir prudemment, sans me laisser embarquer par un groupe plus rapide au départ.
Côté nutrition, l'objectif était clair et non négociable : 60 à 70g de glucides par heure, tout au long de la course. Sur mes précédents 100K UTMB (jusqu'à 15-17h de course), je n'avais utilisé que la boisson d'effort Naak, partenaire UTMB : je la supportais, mais je sentais poindre l'écœurement et la saturation en fin de course. Pour la TDS, j'ai donc partagé le risque entre cette boisson connue et une autre, Baouw, testée à l'entraînement (moins chargée, moins écœurante) mais jamais éprouvée sur la durée d'un ultra. Ce plan a bien fonctionné.
Le document final : un PDF pensé pour être lu sur mon téléphone pendant la course, une page par tronçon, sans fioritures.
Le scénario dégradé face à la réalité
Mon scénario Dégradé prévoyait un peu moins de 33 heures. J'ai fini en 33h45 : même ma prévision la plus prudente était donc, dans les faits, trop optimiste. Je reste pourtant satisfait de cette prévision, pour deux raisons.
D'abord, l'édition 2026 a été objectivement plus difficile que celle de 2025, sur laquelle j'avais construit mes scénarios : mauvais temps dès la première nuit, et un taux d'abandon nettement plus élevé. En comparant les coureurs classés entre la 150e et la 200e place (ma zone de classement : je termine 195e) sur les deux éditions, tous ont mis plus de temps en 2026 qu'en 2025.
Ensuite, j'ai perdu du temps sur une erreur stratégique évitable, un mauvais placement dans le sas de départ, que je détaille dans UTMB TDS 2026 : le bilan technique de ma course.
Au final, je suis très satisfait de mon chrono.
Segmenter plutôt que comparer au chrono total
Ce qui a vraiment fait la différence, ce n'est pas la précision du scénario en lui-même, c'est la manière dont j'ai construit sa présentation pour ne pas me laisser impacter par l'écart avec le chrono réel.
Pendant la course, je n'ai jamais comparé mon temps de course écoulé depuis le départ avec les temps cumulés des scénarios. C'est pour ça que ces chronos-là étaient affichés en petit dans le roadbook : l'idée n'était pas de m'interdire de les regarder, mais de garder cette possibilité sans qu'ils me sautent aux yeux. Ce que je voulais voir en priorité, c'était les temps par tronçon, tout en gardant la possibilité de vérifier, si besoin, la prévision de temps écoulé depuis le départ. J'avais un peu anticipé cette idée en amont, mais c'est vraiment pendant la course que je l'ai validée.
Ce que je regardais, avant chaque ravitaillement, c'était uniquement le temps prévu pour le tronçon suivant, dans les trois scénarios, pour me préparer mentalement à ce qui m'attendait et savoir quoi prévoir en nutrition sur ce tronçon précis. Je les regardais très grossièrement, et selon ma forme du moment, je me projetais dans l'un des trois scénarios, un peu comme si je redémarrais une course à chaque tronçon.
Concrètement, je me disais : "prochain tronçon, une heure et demie, deux heures, c'est un petit trail" ou "prochain tronçon, quatre, cinq heures, c'est parti pour un long trail". Je me préparais mentalement tronçon par tronçon, en me forçant à ne jamais me laisser impressionner par l'ensemble de la course.
C'est exactement ce que recommandent la plupart des coachs et des ultra-trailers expérimentés : segmenter la course en tronçons plutôt que de raisonner en temps total. Construire un roadbook pensé pour ça, avec une présentation qui pousse à regarder tronçon par tronçon plutôt que le chrono général, m'a vraiment aidé à vivre ma course de cette façon.
Sur cette TDS, je n'étais pas dans une logique de compétition sur un chrono précis : la priorité était de me préserver physiquement pour finir dans de bonnes conditions. Mais je sais déjà que sur une course plus courte, ou même un ultra où je viserai davantage la performance, ce même format pourrait tout autant m'aider. J'imagine le scénario d'un début de course raté, suivi d'un regain de forme plus tard : la segmentation en tronçons permet de se dire que les premiers tronçons manqués ne comptent plus, et de repasser en mode compétition sur les suivants pour recoller aux scénarios optimistes, toujours avec cette idée de redémarrer une nouvelle course à chaque tronçon.
Aider Franck m'a fait comprendre quelque chose
Après la TDS, j'ai proposé à un ami, Franck, de construire son roadbook pour le Grand Raid du Finistère (166 km) avec la même méthode. Franck a bien plus d'expérience de l'ultra que moi. Et pourtant, j'ai pu l'aider, pas en lui donnant mon expérience de course, mais en lui apportant un outil et une méthode de structuration qu'il n'avait pas encore utilisés sous cette forme. Ça m'a fait réaliser que la méthode a de la valeur indépendamment de mon propre niveau de coureur : c'est un outil, pas une expertise personnelle à transmettre.
Pourquoi pas une application toute faite
J'ai vu passer des applications payantes qui promettent de faire à peu près la même chose. Je ne les ai pas testées, donc je ne me permets pas de les juger : elles répondent sans doute très bien au besoin de certains coureurs. Mais si je devais résumer pourquoi je n'y suis pas allé, par choix, c'est que ce qui m'intéresse, ce n'est pas seulement d'obtenir un document en sortie, c'est la construction elle-même, avec toute la liberté de personnaliser le rendu final. Répondre aux questions, faire des choix, ajuster un scénario parce qu'il ne me convainc pas : ce processus-là est une forme de préparation mentale à la course.
Ça me rappelle mes roadbooks pour mes courses en solitaire sur Mini 650, il y a quelques années : les construire n'était jamais seulement un travail de logistique. C'était aussi la manière dont j'entrais, mentalement, dans la course à venir, un peu comme un étudiant qui, en faisant ses fiches de révision, se retrouve à avoir déjà intégré sa leçon avant même de la relire. Une application trop automatisée retire cette part là, à mon avis.
Où j'en suis
Je suis en train de formaliser cette méthode dans un format réutilisable, à partir de mes deux roadbooks (le mien et celui de Franck). C'est un prototype : le résultat de nombreux allers-retours avec Claude pour affiner la méthode, pas un produit figé. Je continue à l'ajuster, et tes retours m'aideront à le faire progresser.
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- L'exemple de mon roadbook pour la TDS, à lire toi-même pour voir le résultat concret, et à donner en exemple à l'IA pour qu'elle comprenne le format attendu
Une suite est déjà prévue : un second volet centré sur la stratégie d'intensité et de gestion de l'effort pendant la course, sur le même principe.
C'est un cadeau, sans arrière-pensée commerciale : je partage cette méthode pour la faire progresser grâce à vos retours. Ça me sert aussi de terrain d'entraînement pour mon activité professionnelle, où j'accompagne d'autres professionnels sur des projets utilisant l'IA.